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TO BIO OR NOT TO BIO 

(Vivre ou ne pas vivre)

S’il y a une chose dont nous sommes certains, c’est que la société de consommation, la croissance à tout prix, la mise en œuvre de nouvelles technologies et par là le pillage des ressources fossiles, ne sont pas prêts de s’arrêter. La pollution non plus ! Les aliments, jadis fruits de la terre, passent de plus en plus systématiquement par des usines de transformation, ils reçoivent des additifs de type conservateurs, exhausteurs de goût, stabilisants, etc., après avoir poussé selon des techniques agricoles à base d’engrais industriels, été arrosés par des pluies chargées d’une pollution de plus en plus toxique. Sans oublier qu’à la source, la logique de l’agro-industrie impose au forceps l’utilisation des OGM et des semences hybrides, en dépit de moratoires qui prétendent le contraire. L’entrée en Bourse des denrées alimentaires de base (riz, soja, blé) prépare elle aussi son lot de perspectives inquiétantes.

Alors pourquoi se prendre la tête avec une alimentation bio, dite saine, la volonté peu cohérente de respecter l’environnement, de protéger sa santé ? D’autant que pour couronner le tout, le bio est peut-être de moins en moins bio, les normes sont éventuellement de moins en moins rigoureuses, les contrôles de moins en moins fiables ? De plus, si les géants de l’agro-alimentaire et de la grande distribution se mettent au bio (ce qui est le cas), le pire scénario devient possible afin de minimiser les coûts, accroître les marges, le profit.

On peut aussi se demander à quoi cela sert de trier ses déchets ? Ce n’est quand même pas très ragoutant. Nous voilà dans la rue en train de mettre le verre dans un conteneur, les plastiques dans un autre, et le papier, et le carton, et les détritus… On est obligé de repasser par la maison se laver les mains car les doigts collent et puent ! On nous a même annoncé par voix officielles que dans certaines villes, ils re-mélangent tout en cachette ; la filière de tri n’existe pas, et elle n’est pas prête d’exister faute de moyens (à l’exception du verre et du plastique dans le meilleur des cas).

La confusion est générale. On ne comprend plus rien, on marche sur la tête. Alors, to bio or not to bio ? Vivre ou ne pas vivre ? Où est la motivation ?

Il existe dans les anciennes philosophies traditionnelles de tous les continents (de l’Inde aux Amérindiens), l’idée peut-être saugrenue de respecter la nature, d’aimer les 5 éléments, comme on les appelle dans le jargon indo-européen. Alors, tous ces petits gestes peu significatifs en apparence pour la majorité, ne prennent-ils pas une autre dimension s’ils sont accomplis dans le bon état d’esprit ? Car à coup sûr, chaque acte digne du label « ami de l’environnement », est motivé par une volonté, une force intérieure bienveillante, entière, inhérente à la personne, assurément porteuse d’une sorte d’effet placébo-planétaire. La nature est belle, candide, généreuse, poétique, riche et tout ça… Peut-on s’empêcher de lui vouloir du bien ? Ne faut-il pas être fou, c’est-à-dire, totalement inconscient, pour ne avoir pas envie d’ajuster son mode de vie à sa « personne », son « bien-être », dont dépend notre bien-être ? Même si d’autres prétendent que cela ne sert à rien, et quand bien même le plus grand nombre agirait à l’opposé de tels choix ? C’est peut-être cela, l’amour : ne rien attendre de l’autre. Quand on l’observe, la nature donne le sentiment de toujours vouloir partager le meilleur d’elle-même, d’être vouée à nous faire du bien, de ne rien attendre de nous en retour. Il existe des gens comme ça : qu’on dise du bien ou du mal d’eux, ils ne s’écartent jamais de leur volonté de faire avancer les choses dans le bon sens – sous-entendu, le bien-être de tous – de rapprocher les autres de ce qu’il y a de meilleur en eux, de les encourager. Et ils sont sans attente, c’est leur nature.

Etre sans attente, voilà le secret ! Si nos actes sont justes, sages, bienveillants, il est probable que l’intention génère cette sorte d’énergie que les Indiens appellent mansaseva (servir par l’esprit), le fameux placébo-planétaire capable d’affecter positivement tous les règnes du vivant (dans l’esprit de la communauté de Findhorn, par exemple, ou les expériences de Masaru Emoto). Cette même intention favorise l’harmonisation des différences de personnalité à l’origine des conflits, elle génère l’atmosphère d’ouverture et d’accueil de l’autre. Quand cette bienveillance (qui ne demande qu’à grandir) se concrétise, le fond de l’être donne sa mesure à la forme de l’acte.

En fait, la volonté qui nous anime quand nous faisons des choix pour la nature, pour la terre, pour l’univers, est tellement plaisante, agréable, qu’il devrait être impossible de passer à côté, de la négliger, de s’y opposer. D’y avoir goûter une fois génère la motivation de continuer dans cette voie, quoi qu’en dise les autres, même s’ils sont en majorité. Cette attitude participe au soutien spirituel (ou psychologique) dont l’humanité a besoin aujourd’hui : l’harmonisation des relations entre les êtres et avec la nature. Le fruit de ce cette graine bio est garanti ! En Grec, « bio » signifie « vivant ». Alors, commençons par nous dépolluer la tête, lavons-nous le cerveau parce qu’il est encrassé, donnons un nouveau sens aux mots et aux actes, à la Vie !

Il est écrit dans la Bhagavad Gîta : l’effort suprême est d’être détaché du fruit de l’action ; il se manifestera obligatoirement, tôt ou tard, sans qu’on ait besoin de s’en préoccuper. L’agir épouse alors le non-agir, le karma et le yoga, l’action et la pensée sont unifiés. C’est le bon modèle.

Bon appétit à tous ! 

Renaud Russeil